| — | Extrait de la nouvelle Edouard et Dieu, tirée du recueil Risibles Amour de Milan Kundera. |
Samedi, le secrétaire d’État au Commerce nous a révélé quel était son livre préféré. Interrogé par Le Figaro, Frédéric Lefebvre n’hésite pas : il s’agit de “Zadig et Voltaire”… car c’est “une leçon de vie”.
La suite ? Elle est sur Twitter, où l’on s’en donne à cœur joie…
Pour l’instant mon préféré est “1664”, de George Orwell :D
Si l’on sort du domaine strict de la médecine littéraire, on voit que vous avez raison d’avoir cette approche du livre. Les Français, comme les Européens épris de culture, ont souvent une approche trop respectueuse des livres et du souvenir qu’on doit en garder : ils vénèrent les citations, ils valorisent et survalorisent les lecteurs qui sont capables de se souvenir très précisément d’un ouvrage et d’épater la galerie en en parlant précisément, alors que le plaisir de lire commande lui que le cerveau soit égoïste, qu’on ne garde de ses lectures qu’une impression (plaisir, souffrance, ennui) fugace et sous forme de trace émotionnelle.
Comme on ne peut pas se souvenir de tout, il importe que la trace laissée par le livre soit une trace sensitive et non une trace rationnelle. Quel intérêt y aurait-il à connaître par cœur “Le Dormeur du Val” ou Le Rouge et le Noir, si on passait à côté de l’émotion que leur lecture a suscité ? […]
Exceptionnellement, et dans votre cas, je ne donnerai aucun conseil autre que celui-ci : CONTINUEZ A OUBLIER CE QUE VOUS LISEZ. Continuez à mélanger, à surimprimer, à confondre les époques, les héros, les intrigues, les meurtres, les poèmes. Continuez à avoir la tête en feu et le cerveau en coton. Il n’y a pas de mémoire des livres. Ceux-ci meurent dès qu’on les a terminés. Ils meurent sur chaque lecteur consommé et renaissent avec le suivant. Il n’y a pas de mémoire des livres, juste la mémoire du lecteur. C’est une des règles sacrées de la médecine littéraire : toujours considérer l’homme derrière la page.
(Source : chosesvuessurlenet)
L’une des superstitions les plus répandues est que chaque homme a de façon certaine ses propres attributs : il est en quelque sorte bon, cruel, sage, stupide, énergique, apathique, et ainsi de suite. Les hommes ne sont pas comme ça. On peut dire d’un homme qu’il est le plus souvent bon que cruel, sage que stupide, énergique que apathique, ou l’inverse, mais il ne serait pas vrai de dire d’un homme qu’il est bon et sage, des l’autre qu’il est mauvais et stupide.
Et pourtant nous avons toujours classé l’humanité de cette manière. Ce qui est faux. Les hommes sont comme des rivières: l’eau est la même dans tous et chacun, mais chaque rivière est étroite ici et la-bas plus large, ici plus rapide et là-bas plus lente,parfois claire, parfois sombre, tantôt froide, tantôt chaude.
C’est la même chose avec les hommes. Chaque homme porte en lui les germes de toutes les qualités de l’homme, mais parfois une qualité se manifeste, parfois son contraire et l’homme devient souvent différent de lui-même, tout en restant le même.
| — | Léon Tolstoï dans Résurrection (1899) (via la-ritournelle, ellga) |
| — | El dinosaurio, l’un des récits les plus courts de la littérature hispanique, écrit par l’auteur guatémaltèque Augusto Monterroso. |
Notre dédain pour la littérature populaire est un des exemples les plus étranges du peu d’estime que nous réservons à la vie quotidienne. Il est certain que les petits romans destinés aux jeunes gens sont presque toujours dépourvus de mérite littéraire, mais leur en faire un reproche est aussi peu raisonnable que de reprocher au roman moderne d’être dépourvu de science chimique, de science économique ou de science astronomique. Un roman n’est pas à dédaigner pour cela ; il n’en reste pas moins un centre d’attraction pour de nombreuses et ardentes imaginations.
Les compositions de ce genre ont probablement toujours existé, et elles doivent exister. Elles n’ont pas plus besoin d’être de la bonne littérature que la conversation quotidienne de leurs lecteurs de la belle éloquence, ou les immeubles qu’ils habitent des merveilles d’architecture. Les gens ont simplement besoin de converser, de se loger et de lire des histoires. Leur aspiration vers un monde idéal, où se meuvent des personnages de rêve, est infiniment plus profonde, plus vieille et plus importante que toutes les règles du bel art. Chacun de nous, dans son enfance, a créé pour ses jeux d’invisibles dramatis personae, et il n’est jamais venu à l’esprit de nos nourrices de condamner les créations de notre fantaisie en les comparant minutieusement à celles de Balzac. Le conteur arabe va de village en village avec son petit tapis (et j’aimerais que chacun eût le courage moral d’étendre ce tapis dans Ludgate Circus et de s’y asseoir). Il est probable que tous les contes de l’homme au tapis ne sont pas des chefs-d’œuvre artistiques originaux. Littérature et fiction sont deux choses tout à fait différentes. La littérature est un luxe, la fiction une nécessité. Une œuvre d’art ne peut jamais être trop brève : la concentration est son plus grand mérite. Une histoire ne peut jamais être trop longue : on regrette d’en arriver à la fin comme on regrette d’arriver à son dernier sou ou à la dernière bouffée d’une pipe. Aussi l’artiste s’efforce-t-il toujours d’être bref, tandis que les productions romanesques sont toujours volumineuses. Les ballades de Robin des Bois n’avaient pas de fin. Les livres sur Dick Deadshot et sur l’Avenging Nine n’en ont pas non plus.
Je suis tombé sur ce commentaire d’un internaute en réponse à l’article de Rue89 Pourquoi vous, riverains adultes, aimez-vous Harry Potter ? et aux commentateurs qui pour la plupart, confiaient leur ennui après avoir visionné le film. L’essai “A Defence of Penny Dreadfuls,” de l’auteur britannique G.K. Chesterton, extrait de son livre The Defendent publié en 1901, réhabilite ces petites histoires qui nourrissent notre imagination au quotidien.
Extrait de cet article de Pérú 2, publié sur le site de Courrier International :
Vargas Llosa nous a offert des dictateurs pervers, des prostituées attendrissantes, des universitaires idéalistes, des guérilléros hallucinés, des peintres amateurs de putes. Il nous a dépeint le Pérou des puissants, mais aussi celui de l’oppression, et nous a donné à voir l’Amérique latine de l’exubérance et de la folie […] Néanmoins, sans enlever un iota d’importance à sa création littéraire, si l’on me demandait de citer une qualité qui lui vaut de mériter le prix Nobel de littérature qu’il vient de recevoir je choisirais sans hésiter la passion de ses idées. […] Sa conviction inébranlable est que l’être humain est libre et qu’aucun pouvoir, ni politique ni économique, ne peut porter atteinte à cette liberté fondamentale.
Voilà qui donne envie de mieux connaître l’oeuvre de cet écrivain !
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Extrait du Portrait de Montesquieu par lui-même, Pensées Diverses. Une inspiration à la coopération supranationale qui semble faire défaut alors que l’on assiste à une nouvelle guerre des monnaies. |