| — | Extrait du livre de Marek Halter Le Kabbaliste de Prague, page 91. |
| — | Marek Halter, le Kabbalite de Prague. |
Pour Romain, l’exclusion de Céline des célébrations nationales ne se justifie pas, notamment si l’on tient compte du fait que l’antisémitisme de l’auteur de Voyage au bout de la nuit n’a rien à voir avec l’idée que l’on se fait aujourd’hui de l’antisémitisme.
La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j’ai vécu
C’est que tes yeux ne m’ont pas toujours vu.Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs,Parfums éclos d’une couvée d’aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres,
Comme le jour dépend de l’innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et tout mon sang coule dans leurs regards.
Mon professeur de latin m’avait raconté que, étudiant, un de ses camarades avait eu un fou rire lorsque l’examinatrice, qui avait une “coquetterie”, lui avait donné ce poème à commenter…
La remarque est intéressante, même si à mon sens la musicalité plus poétique de la prose d’Amin Maalouf (et d’autres auteurs dits “francophones”) est différente de celle des auteurs Français, reflétant en cela la richesse de leur double identité culturelle.
(Source : fattouch)
Un autre extrait abolitionniste de Albert Camus que je partage. La mise en caractères gras est de mon initiative.
Peu avant la guerre de 1914, un assassin dont le crime était particulièrement révoltant (il avait massacré une famille de fermiers avec leurs enfants) fut condamné à mort en Alger. Il s’agissait d’un ouvrier agricole qui avait tué dans une sorte de délire du sang, mais avait aggravé son cas en volant ses victimes. L’affaire eut un grand retentissement. On estima généralement que la décapitation était une peine trop douce pour un pareil monstre. Telle fut, m’a-t-on dit, l’opinion de mon père que le meurtre des enfants, en particulier, avait indigné. L’une des rares choses que je sache de lui, en tout cas, est qu’il voulut assister à l’exécution, pour la première fois de sa vie. Il se leva dans la nuit pour se rendre sur les lieux du supplice, à l’autre bout de la ville, au milieu d’un grand concours de peuple. Ce qu’il vit, ce matin-là, il n’en dit rien à personne. Ma mère raconte seulement qu’il rentra en coup de vent, le visage bouleversé, refusa de parler, s’étendit un moment sur le lit et se mit tout d’un coup à vomir. Il venait de découvrir la réalité qui se cachait sous les grandes formules dont on la masquait. Au lieu de penser aux enfants massacrés, il ne pouvait plus penser qu’à ce corps pantelant qu’on venait de jeter sur une planche pour lui couper le cou. Il faut croire que cet acte rituel est bien horrible pour arriver à vaincre l’indignation d’un homme simple et droit et pour qu’un châtiment qu’il estimait cent fois mérité n’ait eu finalement d’autre effet que de lui retourner le cœur. Quand la suprême justice donne seulement à vomir à l’honnête homme qu’elle est censée protéger, il paraît difficile de soutenir qu’elle est destinée, comme ce devrait être sa fonction, à apporter plus de paix et d’ordre dans la cité. Il éclate au contraire qu’elle n’est pas moins révoltante que le crime, et que ce nouveau meurtre, loin de réparer l’offense faite au corps social, ajoute une nouvelle souillure à la première.
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Extrait original de Réflexions sur la guillotine, rédigées par Albert Camus en 1957 (que je publie suite à la traduction anglaise donnée par La Ritournelle). Mais l’argument le plus fort selon moi reste celui donné par Cesare Beccaria au milieu du XVIIIe siècle. |
Jean Anouilh, Antigone.
(Source : funam-bule)
| — | Phrase extraite du roman d’Amin Maalouf Les Échelles du Levant. |
Interview de Tanguy Prouvost sur Grand Lille TV. Originaire du Nord (et scolarisé dans le même lycée que moi) il est l’auteur de Georges, sorti aux éditions Bayard Service, où il raconte l’histoire de sa maladie si orpheline qu’elle n’a pas encore de prénom, et qu’il appelle donc tout simplement Georges.
| — | François-René de Chateaubriand, Les Mémoires d’Outre-Tombe, IV, XII, chap. 9 |
Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s’étaient établis à Rouen.
Voilà la troisième fois que j’en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir.
L’admirable, c’est qu’ils excitaient la Haine des bourgeois, bien qu’inoffensifs comme des moutons.
Je me suis fait très mal voir de la foule en leur donnant quelques sols. Et j’ai entendu de jolis mots à la Prudhomme.
Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d’ordre.
C’est la haine qu’on porte au Bédouin, à l’Hérétique, au Philosophe, au solitaire, au poète. Et il y a de la peur dans cette haine.
Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m’exaspère.
Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton.Volume 3 de la Correspondance, Pléiade, p 653-654.
Le style romantique est bien sûr charmant, mais l’actualité du propos, écrit 150 ans plus tôt, est encore plus délicieuse.
Mais ce que j’aime en particulier dans cette correspondance, c’est sa conclusion. “Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton”. Tout comme un peuple qui ne se révolte pas est un peuple mort.
(Source : powolicu.wordpress.com)
