Nicolas Sarkozy avait voulu faire de l’Union pour la Méditerranée (UPM) un élément essentiel de la crédibilité internationale de la France, notamment dans son “dialogue” avec les pays du Sud. Après deux ans d’errements et d’improvisations, cette institution a montré ses limites.
[…] La première contradiction réside dans la méthode : à vouloir faire cavalier seul et s’attribuer la réussite du projet, le président s’est disqualifié en ne jugeant pas nécessaire de convaincre ses partenaires européens, et en particulier l’Allemagne, de la pertinence de l’enjeu méditerranéen. Cette obsession à tout s’approprier, à faire des coups médiatiques au détriment d’une véritable politique, est contraire à l’intérêt général.
Deuxième paradoxe : la politique intérieure du gouvernement s’oppose à un projet méditerranéen. N’est-il pas en effet contradictoire de parler d’“union de projets”, de“dialogue des civilisations”, de “ponts à construire”, tout en s’érigeant en citadelle ? […] comment nouer une alliance fondée sur la confiance avec ces pays tout en stigmatisant, jour après jour, les Français de tradition arabo-musulmane qui vivent sur votre sol ? Ceux-là mêmes qui possèdent toujours des liens très forts avec l’autre rive. […] Car, en France, le musulman est devenu la nouvelle figure de l’Autre. Les petits fils d’immigrés, nés français, sont désignés comme “musulmans” pour mieux les enfermer dans une identité allogène et forcément pathogène. […]
Le troisième paradoxe repose sur une erreur majeure dans l’analyse de l’évolution politique des pays de la rive sud. Obsédé par l’intégrisme, le gouvernement français a cautionné la privation des libertés dans les pays du Sud en soutenant des régimes autoritaires et déconnectés des peuples. D’ailleurs, la France, et elle n’est pas la seule en Europe, s’est faite la complice de la théorie selon laquelle la foi musulmane serait incompatible avec la démocratie. Aujourd’hui, cette vision fantasmée et anxiogène de l’islam et des musulmans justifie, dans les pays du Sud, une défiance grandissante à l’égard de la France […]
Bariza Khiari, sénatrice de Paris, vice-présidente de l’Assemblée des parlementaires de la Méditerranée