Une chose a fondamentalement changé depuis : ce ne sont plus des Européens convaincus comme Helmut Kohl, François Mitterrand ou Felipe Gonzáles qui gouvernent, mais de froids calculateurs comme Angela Merkel ou des égocentriques comme Sarkozy. La différence avec les populistes réside essentiellement dans la méthode : pendant que les premiers réclament ouvertement une sortie de l’UE, les autres démantèlent l’Union politique par petits bouts.
Au lieu d’être claire, la chancelière magouille comme Gerhard Schröder auparavant. Celui-ci avait, en accord avec Jacques Chirac, sapé le pacte de stabilité et franchi pendant plusieurs années d’affilée le seuil des 3 % d’endettement. Merkel insiste sur le respect des critères de stabilité mais, quand il s’agit de savoir comment traiter les violations, elle se montre parfaitement incohérente. Elle a, à l’automne dernier, promis au président Nicolas Sarkozy à Deauville de ne plus exiger de sanctions automatiques.
Il faut au moins que le Parlement européen reste inflexible. Il est codécisionnaire dans la réforme du pacte de stabilité et tient pour le moment à des sanctions automatiques. Que ce soit pour Schengen ou pour l’euro, le Parlement apparaît comme le véritable gardien de l’intégration européenne. La Commission européenne a dans les deux cas joué petit bras : pour le pacte de stabilité, elle a plaidé en interne pour un compromis et, malgré ses critiques initiales, elle ne voit plus rien de douteux dans la décision danoise de rétablir les contrôles aux frontières.
C’est décevant. Pour sauver l’Europe, il faut moins de compromis et davantage de fermeté. Moins de tactique et davantage de vision.